samedi 23 août 2025

1971.



J’ ai acheté un vieux disque,
cet après-midi, dans une 
brocante en plein air.
C’ est un album de 1971,
une pure merveille,  
"Electric Warrior" de T.Rex.
Le vynile était posé derrière
une vieille machine à
voyager dans le temps,
toute rouillée, les nerfs à
plasma à vif. Il semble 
tout droit sorti du bac 
d' un disquaire. La
pochette est intacte.
Ceci est d’ autant plus 
étonnant que : 
- les derniers disquaires 
ont disparu il y a de cela 
environ 250 ans
- une mention manuscrite
précise, au dos de l’ album,
que l’ objet appartient à 
Caroline Chevroux. Je 
suppose que c’ est cette 
même Caroline Chevroux 
qui a jugé bon d’ écrire 
"Jerk" à côté de ses noms 
et prénoms. La mention 
me reste mystérieuse...
Mais le fait est que
Caroline a dû manipuler
le disque, non ?
Le parfait état de la
galette de vynile 
signifierait-ll que Caroline 
disposait, en guise de mains, 
de cette paire de moufles
télétactiles dont nos amis
SpatioCramers, récemment
arrivés de l’ espace, sont
équipés ?
- le disque ne dégage,
d’ après le compteur Geiger,
aucune trace de radioactivité.
Ce n’ est pas logique : le
Blitz nucléaire de 2207
n’ a épargné aucun lieu
de la planète, aucun humain,
aucun objet. La preuve en
est la douce luminescence
quj se dégage encore 
aujourd’ hui, vingt ans après, 
de mes orteils et de mes 
phalanges. 
"Electric Warrior" est un
album splendide.
Dommage que mes oreilles,
depuis le Blitz, soient 
aveugles et que mes yeux 
soient devenus sourds. 
Ecouter un vynile
vieux de plus de deux cent
ans avec sa langue n’ est
pas chose facile ...

lundi 11 août 2025

Tu es arrivée à mon coeur.


J’ai envie d’aboyer
sur la Lune adorée,
je blanchis comme
la lumière,
sous cinq doigts
de pluie.
Le vent s’est
emmêlé les
cheveux à la
chaleur de ton
sourire.
Sous le pain,
ma maison
et un plancher
pour tes pas,
la danse de
l’ eau empiète
sur l’ombre,
ne te penche
pas au-dessus
de l’huile.
Moi, aveugle,
j’ai senti l’air
sur la semelle
de ta nudité.
Ta jupe baille,
un bout de Nuit
s’ouvre et me tire
en riant
de mon sommeil.

vendredi 8 août 2025

Ma toute première fois (avec le Rock n’ Roll).



La toute première fois que j' ai entendu 
du rock n' roll, c' était en Décembre 1972. 
Je traînais dans ma chambre, occupé à ce à
quoi les adolescents s' occupaient à l' époque
- à tourner en rond. A la radio, le Hit-Parade
d' Europe 1 déroulait sa litanie habituelle,
de la variété française à double teneur de
roucoulades. Jean Loup Lafond présentait le
classement des ventes, ville par ville. Des
sucreries bien appuyées : Sheila et Ringo, Patrick
Juvet, Claude François, que des gens bien
coiffés, manucurés, très frais, tout propres. 
Ce qu' on entendait sur Europe 1, on le voyait le
Samedi soir, à la télé, chez Maritie et Gilbert
Carpentier, les grands pontes de la variété
musicale hertzienne made in France. 
Pour moi, l' émission de Jean Loup Lafond
n' était rien de plus qu' un fond musical. 
Et puis, là, tout à coup, au beau milieu du sirop
de glucose coulant le long des ondes à la façon
de lianes betteravières, commencent à siffler des
guitares. Le son est râpeux, distordu. Plus rien à
voir avec les mandolinades. Mes oreilles sont à
fond, tendues comme si une paire d' oreilles filles
s' apprêtait à les embrasser. Ouaorfff !! Qu'
est-ce que c' est ? Que s' est-il passé, là,
maintenant ? Qu' est-ce qui a basculé dans le
monde en trois secondes ? ... Moi ! 
Les guitares électriques insistent. Elles
construisent un barrage de son, un mur de son.
Et le chanteur ... il hurle ! Il a une voix curieuse,
eraillée comme le fond d' une casserole après le
passage de la paille de fer. La batterie sonne
clair - il me semblait n' en avoir jamais entendu
avant ça - les types en question tapent les
choeurs, balancent de petits solos jouissifs, s'
époumonent pendant 30 secondes sur la même
phrase en fin de morceau, rejoints semble-t-il
par quelques centaines de personnes du
public.... J' ai changé de planète... Je viens de
découvrir le rock n' roll. 
J' avais 13 ans. J' ai 65 ans. J' écoute toujours du
rock. Ça me rend heureux comme au premier
jour.

dimanche 3 août 2025

Les Barbares.



Nous voulions briller comme des 
étoiles, mais nous allons étinceler 
comme des monstres. 

Sur la Dix-huitième Avenue, porte 
de l' enfer, ouvre-toi, laisse passer 
mon divin fracas !! 
Mon Dieu, nous allons brûler 
comme des pierres ! 

D' après toi, quelle est la meilleure 
façon la meilleure chance de devenir 
des êtres humains ? 

Nous sommes des astres finissants, 
des anges rétrovisuels, plats et sombres,
anéantis par leur propre force d' inertie. 
L' oeil qui cligne au bord du gouffre
a compressé nos songes mystiques
jusqu' à les réduire en pulpe binaire. 
Les machines n' ont plus faim, nous
les nourrissons trop bien. 

Heureusement, depuis toujours, 
les poètes mélangent la parole
et le vent pour empêcher les coeurs 
de devenir infiniment secs. Ce sont des 
barbares sans foi ni loi, sans maître 
ni piété. Mais ils savent prier comme
personne. Et surtout, ils savent
qui prier. Ils pourront nous indiquer 
la marche à suivre et comment 
survivre au jeu dévastateur de la 
participation.