mardi 24 décembre 2024

L' esquive.




J' errais sur les sentiers
de mon orgueil, choisissant
chaque insecte,
collectant les ailes noires
de la démission auprès
de nonchalantes sirènes.
Et mon regard
s' épuisait peu à peu
contre la muraille
symphonique
des hélices 
hypnotiques. 

Trapèze de pauvreté,

esquive maladroite, 

j' ai renoncé à combattre, 

je laisse désormais

la joie libre de me 

surprendre à sa guise. 

Elle vient vers moi,

crue, d' une nudité 

d' autant plus 

éclatante et violente. 

De rien, un chien qui 

court, une éraflure 

dans une étoile, 

rien, vraiment rien, 

un parfum de femme

flottant entre 

deux gratte-ciels, 

ta bouche soudain 

redevenue oiseau-lyre. 



samedi 21 décembre 2024

Demi-tour.




Soudain, je me suis retourné, 
rugissement et marteau,
eau noire et sang platine,
blessé par la bouche
sèche du brouillard.
Pour un million de poissons
il faut compter une paire
de milliers d'aiguilles,
sourires stagnants,
tables renversées.
A quand la prochaine 
révolution, la braise 
rougeoyante de la liberté
au fronton de l' édifice
                     en retrait. 
Dis-moi, dis-moi, dis-moi
où puis-je la porter pour
la première fois, 
ma nouvelle tristesse ?
Etranges, elles sont 
étranges, les entrailles
du faucon abattu.

mardi 17 décembre 2024

Les gants blancs.



Nos traces de papillon
sur les papillons profanés  
piqués sur les bancs
des galeries marchandes
- les gants blancs laissent 
des traces noires.



samedi 23 novembre 2024

Maigreur.



Il ne manque que les visages 
enfoncés dans les ruelles et
l'air chargé de viande
édentée. Seuls
les émigrés savent comment
est née la blonde noblesse
de leur quartier.
Je suis venu porter mon sang
sur le quai. Les crabes
avec des ailes de mousse, 
et quelque femme folle 
qui se mordait
les seins. Et au-delà,
dans un coin crevé,
deux sergents qui s'amusaient
à tourmenter les eaux
et les œufs. La nuit était
un œuf clair, avec des dents
pour le déjeuner.

Avec le matin arriva
la rumeur sèche de la faucille , 
son rougissement d'avoine 
et de maigreur mâchée.
Tout ce qui était de fer-blanc
se décomposa instantanément. 

mercredi 20 novembre 2024

Le moment oppportun (à Paul Watson).



Gavons-nous de belles 
images, les gars !
De forêts, de cachalots,
de sources, de petits 
poissons tropicaux,
d' écureuils, d' abeilles, 
d' élans, de castors,
de bois et de marais. 
Plein les yeux, les gars, 
il faut s' en mettre plein
les yeux ! 
On fait la queue
sur les pentes de 
l' Everest, 
on continue de 
pêcher le thon rouge 
et la baleine, 
on coupe les ailerons 
des requins alors 
qu' ils sont vivants 
et on les rejette
à l' eau, 
on arrose la terre 
de marées de
pesticides, 
on encourage
la multiplication
aveugle des SUV, 
on asphyxie
les coraux,
on brûle la
jungle, on fait
surgir un continent
de plastique 
en plein Océan
on fore, on arrache, 
on brise, 
on sature 
l' atmosphère
de dioxyde de 
carbone, 
on se débarrasse
de nos déchets
dans les eaux
dans les airs, 
sous la terre, 
on étrangle
la bio-diversité, 
on détruit les
habitats naturels, 
on cultive les animaux
comme on cultive
des choux, en rangs
impossiblement serrés, 
on martyrise les bêtes, 
sans leur accorder
le moindre respect, 
on élimine, coupe, 
arase, assèche. 
Combien de temps
cela va-t-il durer ? 
Gavez-vous de belles 
images, les gars !
De cascades, de lacs,
de truites, de jeunes 
oiseaux, de loups, 
d' agneaux, de bouquetins 
et de hiboux, 
de fourmis, d' érables,
de chèvrefeuilles 
et de roses. 
Plein les yeux, les gars, 
il faut s' en mettre plein
les yeux ! C' est le bon 
moment. 

samedi 2 novembre 2024

Garage Blessure.



Divers de mes voisins
m' ont dit que la nuit
avait laissé des blessures
dans la rue. Je ne gare
pas ma voiture dans
la rue, je la gare dans 
ma sueur. Ma sueur
sent la télévision tiède, 
la grève de masse et
la mer éteinte. 
Je ne veux rien, ni d' un
épi de blé piétiné par 
un soupir, ni des fils 
de nylon dans
le coeur du poulpe. 
Je ne sais pas
combien de lacets, l' hiver
peut hisser sur un seul
cil de ma fiancée.  
Ni combien de choses
se perdent quand 
l' enfant rouge fait 
grimper l' enchère 
de l' ancien gazon. 
Divers de mes voisins
ont dit que la nuit
avait laissé des blessures
dans mon bonheur. 
Je ne gare pas ma voiture 
dans mon bonheur. 

samedi 19 octobre 2024

Le gitan et la Lune.



Le Poète qu' a-t-il dit ?
Il a dit que la Lune des gitans
est un globe de sang doré
et étrange.
Il bout quand il est
piqué par l' aile d' un papillon,
il rôde la nuit parmi
les mugissements des rivières
debout.
Mais qui regarde encore la Lune ?
Le gitan regarde la Lune
et se retourne
sur l' invisible ombre qui
le frôle.

jeudi 10 octobre 2024

Le toit de ma maison.



La maison que je construis n' aura
un toit que le jour de ma mort.
Elle ne sera pas achevée avant.
Elle n' a ni portes ni fenêtres
ni entrée, elle a des bras, une bouche,
des artères, un ventre.

C' est une bien étrange maison. 

J' ai pris ma guitare pour attirer 

la lumière à l' intérieur, et quand 

elle est entrée, j' ai joué pour la retenir.

Et elle y a dansé, dansé, danse,

danse encore.


Elle a accueilli beaucoup de femmes. 

La plupart de passage, le temps

d' un frôlement d' air ou d' un regard. 

Mais une seule, une seule !, est là, à

mes côtés, et c' est celle que j' aime.


Puis le rire des enfants a retenti 

dans les couloirs de la maison.

Et sans ce rire, jamais elle

n' aurait pu devenir aussi lumineuse,

aussi vaste, vaste, immense, elle est

immense.


Le toit de cette maison est un

morceau brut de ciel brut, un parapluie 

de nuit brute, d' étoiles brutes. C' est

bien ainsi. Posez-en le toit, mais, de

grâce, attendez, attendez pour cela

que sonne le jour de mon départ.

samedi 5 octobre 2024

Les étoiles du carnage.



Je ne regarde ni les paysages 
ni les gens, le vent s' en charge 
pour moi - le vent et les étoiles du 
carnage.
Mais quelquefois, sur les chemins, 
au creux d' un pas solitaire, le désir
me prend d' apercevoir 
un visage, de m' en approcher, 
de le détailler lentement avec mes  
mains.
Comme un bout de bannière qui claque,
le vent surgit alors de nulle part,
et il pose sur mon chemin des millions
de visages. 
Je détourne les yeux de ces millions 
de visages et reprends mon chemin,
tête baissée.
 
Je ne veux regarder ni les paysages ni
les gens. Les étoiles du carnage sont là,
qui planent au-dessus de ma tête.

dimanche 29 septembre 2024

Message à Jupiter.



Aux empires passés, aux royaumes
depuis longtemps tombés en poussière, 
à tous ces empereurs, césars, fuhrers,
duces et caudillos, monarques,
souverains, majestés de toutes sortes,
quelquefois simples présidents
de la République,
nous disons que nous sommes vivants
et bien vivants de notre propre vie,
nous tout petits et animés présentement
d' un immense fou rire à évoquer leur fatuité, leur superbe désormais ridicule,
orgueilleux bouffons bouffis, à tout
jamais réduits en purée dans le creuset
indifférent de l'histoire. 

dimanche 22 septembre 2024

La légèreté des chemins.



Il y a une fragilité de fleur enchantée
dans la paume de celui qui cueille l' eau.

Quelquefois la Terre tourne dans le bon

sens, et la mélancolie s' éloigne,

quelquefois, ce sont les multitudes du

Printemps qui brûlent comme des

oiseaux sacrés.

D' autres fois, la nuit se cache sous un

trait de Khôl et alors il ne faut lui

toucher ni la main, ni la bouche. 

Parce qu' elles sont empoisonnées.


Pour cette part de nous qui était 

hantée longtemps avant notre arrivée, 

nous avançons, mon amour,  

à pas lents le long de la légèreté 

                              des chemins.




samedi 20 juillet 2024

Un bouquet.




Je t' offrirais l' heure 

la plus claire de l' aube, 

la plus limpide, 

je t' offrirais les rayons

du soleil noir quand ils 

tournent à l' angle 

                     de la rue, 

je t' offrirais 

l' étourdissement

de l' achillée, 

je t' offrirais un mystère 

d' éclats de rire 

et l' ombre 

d' un champ de blé 

par delà, 

tout cela dans 

un unique bouquet 

de grâce retrouvée.